Fiche technique n°5 – Elaborer la stratégie de votre projet (cadre logique)

Au terme de la phase d’identification de votre projet, vous savez ce que vous voulez faire, pourquoi, pour qui et avec qui. Vous entrez maintenant dans la phase opérationnelle de votre projet. Vous allez :

  • Identifier les activités à réaliser,
  • Prévoir les moyens et le temps nécessaire à leur mise en œuvre,
  • Estimer le budget prévisionnel de votre projet.

Qu’est-ce qu’un cadre logique ?

Impulsé dans les années 90 par l’Union Européenne, le cadre logique est aujourd’hui un outil incontournable dans la gestion de projet. Il présente de façon synthétique la logique de votre projet, c’est-à-dire l’articulation entre les objectifs, les moyens, les activités et les résultats attendus.

Comme tous les outils méthodologiques, le cadre logique n’est pas la formule magique pour bâtir un projet de qualité. Il ne s’agit pas seulement de remplir des cases dans un tableau pour que votre projet soit pertinent. Toutefois, une fois plongés dans les préoccupations quotidiennes de la mise en œuvre de votre projet, ce tableau vous permettra de garder à l’esprit les résultats et objectifs que vous poursuivez. Il sera un excellent support pour le suivi et l’évaluation de vos activités.

Comment réaliser le cadre logique de son projet ?

1. Définir les objectifs de votre projet

Attardez-vous dans un premier temps sur la définition précise des objectifs. Ils peuvent être quantitatifs et qualitatifs. C’est une étape essentielle dans la gestion de projet. Une fois le travail de consensus mené avec les acteurs locaux et les problématiques locales bien comprises, distinguez deux niveaux d’objectifs :

  • Objectifs globaux : objectif le plus général que le projet tente d’atteindre. Bien souvent liés aux Objectifs de Développement Durable (ODD), le projet n’a pas vocation d’atteindre ce but dans son intégralité mais il doit chercher à avoir un impact (ex : améliorer la souveraineté alimentaire d’une population et/ou d'une zone géographique).
  • Objectifs spécifiques : ce sont les objectifs concrets à atteindre. Ils doivent être formulés selon un acronyme aide mémoire anglais “SMART“. Il est conseillé de ne pas les multiplier et de rester relativement concis (afin d’éviter de faire plusieurs projets en un).

Spécifique, clair et simple : une idée par objectif,
Mesurable, quantifiable par des indicateurs,
Accepté par les parties prenantes au projet,
Réalisable avec les moyens humains, techniques et financiers disponibles,
Time-bond, c’est-à-dire avec une échéance qui permettra de procéder à une évaluation.

Les objectifs spécifiques doivent contribuer à l’objectif global.

2. Structurer vos activités

Les activités sont l’ensemble des tâches à exécuter dans le cadre du projet pour produire les résultats prévus.
Il faut être vigilant sur les activités à mettre en place. Vous devez toujours avoir à l’esprit ce que l’on appelle la “stratégie de sortie”. Pour chaque action du projet, il faut réfléchir à sa pérennité :

  • Quelles activités devons-nous proposer pour que les résultats de l’action soient durables ?
  • Quelles sont les ressources nécessaires pour pérenniser les activités (financières, matérielles, techniques…) ?
  • Qui fournira ces ressources lorsque le projet sera terminé ?

3. Les résultats attendus

Un résultat est le produit direct des activités du projet. L’ensemble des résultats réalise l’objectif spécifique. Les résultats attendus du projet doivent être formulés avec des phrases entières et au présent (ex : ” les villageois ont accès à l’eau potable “). Ne pas hésiter à être très précis : quoi ? combien ? quand ? Une fois les objectifs, les résultats attendus et les activités définis, vous pouvez débuter la construction du cadre logique. 

Quelques définitions pour appréhender le cadre logique

Le cadre logique se présente sous forme d’une matrice qui planifie et vérifie la logique interne du projet. Il nous oblige à préciser le cadre de notre intervention. 

Indicateurs : indice objectivement vérifiable permettant d’apprécier une réalité. Il s’agit de la phase essentielle dans la construction du cadre logique mais probablement la plus délicate.

Hypothèses : facteurs externes qui peuvent influer de manière significative sur le projet. Il ne faut toutefois pas inventer des hypothèses mais anticiper quels peuvent être les risques à chaque niveau. Des cases peuvent rester blanches.  

Sources de vérification : elles indiquent d’où et sous quelle forme proviennent les informations.

Conditions préalables : ensemble d’éléments qui doivent être réalisés avant que le projet ne commence.

Exemple – Cas concret

Vous êtes Malien et vivez en France depuis cinq ans. Vous avez envie de contribuer au développement de votre pays d’origine mais vous ne savez pas trop comment faire. Vous avez récemment rencontré en France, lors d’un débat organisé dans le cadre du Festival des Solidarités, un ingénieur hydraulique spécialisé dans les questions d’accès à l’eau en zone sahélienne. Vous discutez avec lui des difficultés d’accès à l’eau potable que rencontre votre village d’origine, Taghouf.

Taghouf est un village situé au nord Mali, on y accède uniquement par une piste.  Dans le village, la population est majoritairement composée de Touaregs, de Kel et de Tamoulaytes. Les villageois sont des pasteurs, éleveurs de vaches, moutons, chèvres, dromadaires. Cette région souffre d’un grand retard de développement et de la sécheresse depuis plus de trente ans. La commune dispose de faibles moyens financiers. L’indice de scolarisation des enfants de moins de 15 ans est de 55% seulement. Une école est néanmoins implantée au cœur du village. Une radio locale s’est implantée localement mais seulement 20% de la population possèdent une radio. L’accès à l’information est donc très limité. Taghouf dispose d’un dispensaire à proximité du village. L’économie locale est basée avant tout sur l’agriculture.

Les villageois sont dépourvus de système d’accès à l’eau potable. Le village dispose d’un puits d’eau de ruissellement mais l’eau est croupie et impropre à la consommation humaine voire animale. De plus, ce point d’eau est très éloigné du village et suppose de longues heures de marche pour y accéder. Ainsi, les femmes et les enfants consacrent de longues heures à cette tâche.

Le fleuve Niger n’est qu’à 8 kms mais il s’ensable. Ses crues ne remontent plus jusqu’au village et les bactéries et parasites se développent à toute vitesse dans l’eau. Le choléra est présent dans les eaux du Niger. Les villageois n’ont pas connaissance des principales règles d’hygiène. De plus, suite à une enquête, il en ressort que la population n’a pas conscience des risques liés à la consommation d’une eau non-potable. Cette consommation d’eau insalubre entraîne de nombreuses maladies et le taux de mortalité de la population est croissant. Par ailleurs, le temps consacré à l’acheminement de l’eau pour les familles empêche notamment les femmes d’avoir une activité économique.

*Les sources doivent être fiables sans quoi les indicateurs ne le seront pas non plus.

Cet exercice est à reconduire en fonction du nombre d’objectifs spécifiques présents dans le montage du projet.

Centraider

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