Festival ALIMENTERRE : le collectif comme moteur de transformation territoriale

Publié le 23/06/2026

Un article issue de la revue n°58 “Du local au global, acteurs et enjeux de l’ESS”

Photo : Collectif ALIMENTERRE 36

Une interview du Collectif ALIMENTERRE 36

Comment est né le Collectif Alimenterre 36 ?

Agnès Renauldon (Artisans du Monde 36) se souvient d’un constat simple, partagé au début des années 2010 : chacun organisait des projections dans son coin. « En 2012, on a eu envie de faire autrement, de mutualiser nos forces », explique-t-elle. À l’époque, certaines structures, comme Artisans du Monde ou le lycée agricole de Châteauroux, participaient déjà au Festival ALIMENTERRE. Mais le passage au collectif a marqué un tournant.

Pour Martine Audevard (CCFD-Terre Solidaire 36), cette dynamique s’inscrit dans une continuité : « Nous avions déjà des partenariats avec le lycée agricole, notamment autour de rencontres avec des acteurs du Sud. Le festival a permis d’ouvrir ces échanges à un public plus large. » Peu à peu, le collectif s’élargit. Associations, médiathèques et établissements scolaires rejoignent l’initiative. La coordination évolue également : d’abord portée par le lycée agricole, elle est aujourd’hui assurée par la Ligue de l’enseignement.

Qu’apporte concrètement le travail en collectif ?

Pour Élodie Le Frapper (Ligue de l’enseignement 36) : « Le collectif permet de couvrir tout le département et de toucher des publics très variés. » Une vingtaine de structures participent aujourd’hui à cette dynamique, dans une organisation volontairement souple.

Olivier Benelle (ADAR-Civam 36) insiste sur les bénéfices très concrets : « Mutualiser, ça veut dire partager la communication, les contacts, les intervenants. » Le programme commun renforce la visibilité du festival et attire, au fil des années, un public plus large. Il favorise aussi des collaborations inattendues entre structures qui n’auraient pas forcément travaillé ensemble.

Mais cette richesse suppose aussi de s’organiser. Agnès le reconnaît : « Plus on est nombreux, plus il faut se coordonner. » Éviter les chevauchements, équilibrer les propositions : le dialogue devient une condition essentielle du bon fonctionnement du collectif.

Quels impacts sur les territoires ?

Pour Olivier, le premier effet du festival est d’ordre individuel : « Il donne envie de changer ses pratiques, de consommer autrement, de rejoindre une AMAP ou de s’impliquer localement. » La sensibilisation reste au cœur de la démarche, avec une attention particulière portée aux jeunes publics.

Élodie évoque des impacts plus diffus, mais bien réels : « Les films et les débats sèment des graines. » Certaines projections ont ainsi inspiré des initiatives locales, comme des jardins partagés ou des ateliers cuisine. Ces temps d’échange permettent aussi de rassembler des publics variés — jeunes, bénévoles, citoyens — et de créer des espaces de discussion accessibles à tous.
Martine souligne, elle, la richesse des échanges, même en petit comité : « Parfois, il n’y a pas beaucoup de monde, mais les discussions sont très fortes. » Les outils d’animation participative, comme les débats mouvants, favorisent l’expression de chacun et encouragent l’engagement.

Le festival joue également un rôle de mise en réseau. « Il donne de la visibilité à ce qui existe déjà », ajoute Olivier. AMAP, épiceries solidaires ou programmes alimentaires territoriaux trouvent là une occasion de se faire connaître et de toucher de nouveaux publics.

En quoi le festival valorise-t-il l’économie sociale et solidaire ?

Pour Élodie, les projections sont un point d’entrée concret : « Elles permettent de présenter des initiatives locales et de montrer où s’approvisionner autrement. » Les participants découvrent ainsi des alternatives accessibles et ancrées dans leur territoire.

Olivier élargit la perspective : « Le festival renforce des dynamiques déjà engagées. » Ateliers cuisine, visites de fermes, projets d’approvisionnement local dans les cantines : autant d’actions qui trouvent un écho dans le cadre du festival. Il souligne également que certaines initiatives ont pu gagner en visibilité, voire attirer de nouveaux participants grâce à ces temps forts. Par exemple, des jardins potagers ou des expérimentations autour de la Sécurité Sociale de l’Alimentation ont été valorisés, et le festival a permis d’élargir les échanges sur l’approvisionnement local, allant jusqu’à discuter de l’approvisionnement en graines.

Le festival s’adresse également aux élus. « Il permet de montrer leur rôle possible, par exemple sur le foncier ou l’alimentation dans les cantines », précise-t-il. Un moyen de relier les réflexions citoyennes aux leviers d’action institutionnels.

Les films permettent-ils d’aborder des enjeux plus larges ?

Agnès insiste sur cette dimension essentielle : « Le festival est un moment clé pour parler des liens entre ici et ailleurs. » Commerce équitable, conditions de production, souveraineté alimentaire : les thématiques abordées dépassent largement le cadre local.

Martine confirme : « Cela nous permet de parler de souveraineté alimentaire, ici comme dans d’autres pays. » Même lorsque les films partent d’un ancrage local, ils ouvrent sur des problématiques globales.
Même si cela dépend de l’animation et de films choisis, Olivier ajoute : « Les débats peuvent aborder des sujets transversaux comme le climat, la santé ou la solidarité internationale. » Cette diversité permet de toucher des publics et organisateurs de films variés comme les médiathèques.

Comment envisager l’avenir du festival ?

Martine exprime un souhait partagé : « Il faudrait que les collectivités s’impliquent davantage. » Pour Élodie, cet engagement est essentiel pour passer « des changements individuels à des transformations collectives ».

Agnès insiste sur l’équilibre à préserver dans la programmation : « Il est important de garder à la fois des films ancrés localement et d’autres ouverts sur l’international. Et il serait bien d’avoir plus de diversité dans les thématiques, depuis quelques années les films tournent plus sur l’aspect agricole et moins sur les conséquences sociales et environnementales des pratiques, ce qui parfois limite la variété des interventions » Quant à Olivier, il pointe un défi majeur : « Continuer à toucher de nouveaux publics, notamment les jeunes, en particulier pour les inciter à aller vers les métiers de l’agriculture. »

Tous s’accordent enfin sur un enjeu central : faire vivre le collectif dans la durée. Cela passe par des partenariats renforcés, mais aussi par la capacité à aller au-delà des projections. « L’idée, c’est de donner envie d’agir, puis de permettre de passer à l’action », résume en filigrane l’ensemble des participants.

Plus qu’un simple événement, le Festival ALIMENTERRE apparaît ainsi comme un espace de mobilisation. Un lieu où se croisent les idées, les initiatives et les envies d’agir, au service d’une transformation plus juste et durable des territoires.


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