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Réussir la rencontre interculturelle

Réussir la rencontre interculturelle

Faire de l'expérience interculturelle une réussite dans le parcours des jeunes requiert un véritable accompagnement avant, pendant et après le séjour. Voici quelques conseils pour en faire une réelle démarche éducative.

Encouragé par l’État, de nombreux Français font le choix de l’engagement citoyen et solidaire, un peu partout dans le monde, de quelques semaines à plusieurs mois, voire plusieurs années, à travers le volontariat, le service civique, et les chantiers solidaires. Parmi les candidats, les jeunes et leur soif de rencontre et d’ailleurs sont en première ligne. Le voyage et la rencontre ne laissent pas indemnes, ils bousculent au plus profond de ce que nous sommes. Pour en faire une réelle démarche éducative et une réussite, un bon accompagnement de ces jeunes porteurs de projets est nécessaire avant le séjour, pendant et au retour. Verbaliser la démarche, développer l’esprit critique, préparer à la rencontre interculturelle ou encore organiser les aspects administratifs et logistiques d’un voyage : l’accompagnement fait appel à beaucoup de compétences. Car derrière le temps fort du voyage se joue un véritable processus d’apprentissage commun basé sur l’échange d’opinions et d’expériences, la découverte de nouvelles dimensions de la réalité, la création commune d’alternatives où l’accompagnateur aide les jeunes dans leur questionnement et leur cheminement, dans l’expression de leur liberté et leur autonomie, dans l’accomplissement de leurs buts, pour faire du voyage une étape s’inscrivant plus largement dans une citoyenneté de participation et d’engagement ouverte sur le monde, qui contribuera à l’épanouissement de ces jeunes.

Mardi 20 février, à Vierzon, Centraider vous propose de vous former à l’accompagnement des jeunes dans leur projet de chantier, volontariat, service civique ou voyage solidaire. Durant une journée, vous expérimenterez des pistes concrètes pour préparer les jeunes à vivre une expérience interculturelle (départ, séjour et retour) à l’aide d’une pédagogie active, de mises en situation et de découverte d’outils d’animation. Inscription et renseignements : contact@centraider.org ou 02 54 80 23 09 / 06 42 59 76 32.

 

Interroger les motivations

L’une des premières étapes de l’accompagnement consiste à faire le point et être au clair en mettant des mots sur les motivations du voyage. Pourquoi cette envie de partir ? Qu’est-ce que je souhaiterais faire ? Le désir d’ailleurs trouve sa source dans de multiples raisons : être solidaire, faire de l’humanitaire, rencontrer d’autres personnes, voyager, aller au soleil, « retrouver ses racines », améliorer une langue étrangère, acquérir de l’expérience, avoir un plus sur son CV, se sentir utile, agir de manière concrète, se découvrir, changer son quotidien, etc. Cette première réflexion doit amener le jeune à comprendre que l’on part aussi beaucoup pour soi-même. Il est fondamental de le déculpabiliser à ce sujet et d’accepter qu’il y a la fois un voyage pour soi et un voyage pour l’autre, et qu’ils peuvent être tout à fait compatibles.   

Ces motivations varient d’un jeune à l’autre mais il est important de bien les prendre en compte dans la formulation du projet collectif pour éviter toute frustration d’emblée. Ce travail initial servira ensuite de base pour mesurer le chemin parcouru et l’évolution des motivations au cours de l’avancement du projet.

Il convient aussi de réfléchir sur les motivations des partenaires étrangers, leurs attentes et leurs craintes, et de les croiser à la manière dont les jeunes considèrent ces personnes qui vont les accueillir.

 

Identité, stéréotypes et préjugés

Avant de s’intéresser à la culture de l’autre, l’accompagnateur doit inviter les jeunes à réfléchir à leur propre culture, à ce qui constitue leur identité à travers leurs différents cercles d’appartenance : les rôles joués dans la vie (fille/garçon, ami, étudiant, métier), les lieux de naissance et de résidence actuelle, le fait d’appartenir ou non à une minorité, la religion, les aspects choisis de l’identité comme les goûts musicaux et vestimentaires, les convictions politiques… Autant de questionnements qui leur permettront de démêler la complexité de la construction de leur identité, de leur culture, et d’être ainsi plus à l’aise lorsqu’interviendra leur remise en question face à la diversité culturelle.

La compréhension de l’autre passe par un travail sur nos représentations, cet ensemble d’images et de croyances formant une vision toujours très simplifiée et bien souvent folklorisée par les médias ou la publicité. « Les stéréotypes sont généralement basés sur certaines images acquises à l’école, par le biais des médias ou à la maison, qui se sont par la suite généralisées pour englober toutes les personnes qui pouvaient y être associées (« ils sont comme ça »). Les préjugés et les stéréotypes sont des schémas qui nous aident à comprendre la réalité ; lorsque la réalité ne correspond pas à nos idées préconçues, il est alors plus simple de modifier notre interprétation de la réalité plutôt que de changer nos idées (…) Ils nous aident à évaluer nos propres cultures, à évaluer d’autres cultures et modes de vie, à régir les modes de relations que notre culture entretient avec les autres cultures, à justifier les traitements et la discrimination à l’égard des individus d’autres cultures »[1]. Et gardez à l’esprit que quel que soit le travail nécessaire de décryptage opéré, la réalité sur place sera toujours différente de l’idée que l’on s’en était faite.

 

Appréhender la complexité des rapports Nord/Sud

Après avoir pris le temps d’interroger motivations, identité, stéréotypes et préjugés, l’accompagnateur doit prendre un peu de hauteur et replacer le projet dans la réalité du monde d’aujourd’hui, en invitant les jeunes à prendre conscience des mécanismes d’interdépendance à l’échelle mondiale, sources de déséquilibres, d’inégalités et d’exclusions, autour des thématiques de l’extrême pauvreté, de la faim, du chômage, de l’environnement, de l’accès à l’eau, à l’assainissement, à la terre et aux soins, etc.

L’accompagnateur prendra le soin d’aborder des notions clés telles que l’humanitaire (vaste fourre-tout), le développement, la charité, la solidarité internationale, le don, etc. Ce détour par l’Histoire permettra au passage de questionner notre passé, la période coloniale et les rapports de dominance, afin d’être plus à l’aise sur cet héritage.

Tout ce travail sensible de questionnement ne saurait faire de la réalité une fatalité mais doit être accompagné de pistes de solutions concrètes, de propositions de moyens d’action, en explorant notamment les tentatives de réponses apportées par les acteurs locaux et internationaux.

 

Vivre l’interculturel

Une bonne connaissance du pays de destination est bien entendu nécessaire. Il s’agit d’expérimenter des différences de valeurs, de codes (saluer quelqu’un, langage corporel, tenue vestimentaire, manière de regarder…), d’histoire, d’éducation, de religion, de rapport au temps et tout autre aspect culturel échappant à la perception immédiate, comme le sens donné aux mots. L’accompagnateur doit inviter les jeunes à travailler leur regard, à écouter, à dialoguer, à déchiffrer, tout en restant dans le registre du constat, celui qui ne juge pas. Certains mots ou comportements provoqueront naturellement des questionnements, des incompréhensions et des malentendus. Les maîtres mots de l’échange doivent être le dialogue, la tolérance, la patience et la prise de recul où la compréhension de l’autre ne voudra pas dire pour autant que l’on approuve tout : certaines de nos convictions sont négociables, d’autres non.

L’appréhension de la réalité passe par une réelle implication des partenaires. Le contact avec les jeunes porteurs de projet doit être établi dès la phase de préparation du projet. Toutes les parties prenantes prendront le temps d’apprendre à se connaître (dans un premier temps via des échanges de mails, des appels téléphoniques, des vidéos ou des échanges épistolaires), de fixer ensemble les objectifs, les activités et les rôles de chacun en toute transparence. Les accompagnateurs porteront également une attention particulière au respect de quelques règles d’or des projets de solidarité internationale : respecter la demande locale en trouvant le bon compromis avec les motivations et attentes des jeunes d’ici, impliquer les partenaires tout au long du projet, contribuer à l’essor local (réflexion sur la notion de don), se fixer des ambitions humbles et réalistes et penser à prolonger l’action dans un esprit de réciprocité. La réussite du partenariat et donc du projet est avant tout une question de posture qui peut s’illustrer en disant : « Évitons de commencer par un « de quoi avez-vous besoin », ou « voilà ce que nous pouvons vous apporter », mais bien par « voilà qui nous sommes, et vous ? »[2].

N’oubliez pas enfin d’associer dans cette préparation au départ tout le réseau local ici, atour de vous en région, qui regorge de structures ayant une réelle connaissance et expertise de votre terrain d’action, autant de témoignages concrets et avertis dont il serait dommage de se passer.

 

 

Et après ?

Le séjour à l’étranger ne constitue pas une fin en soi mais une étape vers un engagement à plus long-terme. Pour ne pas tourner la page, il est important de prévoir des temps de restitution individuels et collectifs de son expérience auprès de différents publics (partenaires, bailleurs de fonds, famille, amis, publics scolaires, associations locales…) et sous différentes formes (diaporama, articles, vidéos, jeux…) avec le souhait de faire découvrir, de sensibiliser et pourquoi pas d’inciter d’autres personnes à agir, à leur manière, à leur échelle.

Depuis la première étape de préparation, les jeunes ont déjà parcouru un long chemin qu’il est bien difficile de retracer. La restitution sera facilitée par les points réguliers effectués pendant le séjour, individuels et collectifs. Le carnet de voyage (écrits, photos, dessins, collages) est un excellent support pour retracer les impressions, les questionnements, les émotions, les activités, les peurs et les joies. Sa tenue quotidienne tout au long du projet permettra une lecture fidèle du chemin effectué.

Bien sûr, les jeunes prendront un temps de remerciements des partenaires étrangers avec qui ils pourront garder contact et envisager à leur tour de les recevoir.

 

Mode de participation, dynamique de groupe et gestion des conflits

Travailler sur l’éducation interculturelle présuppose également le respect de quelques principes fondamentaux :

  • Partir de l’existant, de ce que les jeunes savent déjà, leurs opinions et expériences et, sur cette base, leur permettre de rechercher et de découvrir, ensemble, de nouvelles idées et expériences, avec la difficulté que chacun des membres du groupe n’en est pas à la même étape.
  • Favoriser la participation de tous.
  • Réfléchir continuellement à la façon dont les participants peuvent traduire leurs expériences concrètes d’éducation interculturelle en actions simples mais efficaces dans leur vie quotidienne.

Si les relations entre participants se passent globalement bien, il faut s’attendre à devoir gérer certains conflits[3]. Pour cela, il faut :

  • Être attentif à chaque personne et à toute émotion forte déclenchée par une activité particulière ou par un aspect particulier d’un jeu de rôle ou d’une simulation.
  • S’assurer que chacun sait qu’il ne fait à aucun moment l’objet d’aucune pression pour en dire davantage ou révéler quelques chose de personnel contre sa volonté.
  • Donner aux participants le temps de s’échauffer avant chaque activité, mais aussi le temps d’entrer dans leur rôle et, à la fin, d’en sortir.
  • Consacrer suffisamment de temps au compte-rendu et à la discussion.
  • Aider les personnes à clarifier leurs positions, leurs opinions et leurs centres d’intérêt.
  • Soulager les tensions au sein du groupe, par exemple en demandant à chacun de s’asseoir ou de discuter pendant quelques minutes en sous-groupes.
  • Encourager chacun à écouter activement les autres.
  • Rechercher le consensus. Encourager les participants à s’intéresser à leurs points communs, à ce qui les unit, plutôt qu’à tenter de faire des compromis et à renoncer à leurs positions.
  • Proposer de parler en privé à un autre moment aux personnes concernées.

 

Quelques chiffres sur les engagements volontaires à l’international

Données issues des Statistiques relatives aux différentes formes de volontariats soutenus par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (2016).


Volontariat de Solidarité Internationale – VSI

60%
sont des femmes

61% ont moins de 30 ans, 48% ont entre 26 et 30 ans

45% en Afrique subsaharienne, 30% en Asie




Principales destinations :
Madagascar,
Cambodge,
Philippines,
Cameroun,
Vietnam
et Haïti




28% 
dans le domaine de l’éducation/animation/formation (principal domaine)


2/3 des volontaires ont
un niveau supérieur à Bac +5


3% sont originaires de la région Centre-Val de Loire, 27% de l’Île-de-France


 



Service Civique à l’International

34% en Europe



Principales destinations :
Allemagne,
Maroc,
Sénégal,
Canada,
Israël
et Tunisie



2,5% des missions de service civique (dans sa totalité) sont effectuées à l’étranger

 



Pour aller plus loin…

 

 


 

Le « Visa pour le voyage » du CCFD-Terre Solidaire (2013) est une véritable mine d’informations et d’outils pédagogiques très accessibles et pratiques, composé de 6 cahiers sur les différentes étapes de la démarche d’accompagnement des jeunes.

« Cartographie des engagements volontaires et solidaires à l’international », Observatoire de France Volontaires, 2017.

« Agir dans un contexte interculturel », Étudiants & Développement, 2011.

« Partir pour être solidaire ? », Ritimo, 2007.

« L’intelligence de l’autre. Prendre en compte les différences culturelles dans un monde à gérer en commun », Michel Sauquet, éd. Charles Léopold Mayer, 2007.

« Tous différents, tous égaux, Kit pédagogique », Centre européen de la jeunesse, 1995.

 

[1] « Tous différents, tous égaux, Kit pédagogique », Centre européen de la jeunesse, 1995.

[2] « Visa pour le voyage », CCFD-Terre Solidaire, 2013.

[3] Ibid. note 1, p.59.

Mis à jour le 6 février 2018
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