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La construction de bâtiments : Les préalables – L'implication des bénéficiaires au Mali – Le concept architectural de la Voûte Nubienne – La reconstruction à Gaza

Écoles, dispensaires, bâtiments administratifs ou communautaires : de nombreux projets de construction sont à l'œuvre dans le domaine de l'aide au développement. Complexes de par leur technicité, ces ouvrages requièrent une expertise dépassant souvent les instigateurs du projet et grande coordination des multiples parties prenantes, nécessaires pour mener à bien un chantier.

Quelques principes à respecter


Les aspects fonciers

Bien que les terrains soient souvent mis à disposition du maître d’ouvrage à titre gracieux, il convient de formaliser leur acquisition dans le cadre d’un contrat écrit auprès des autorités traditionnelles locales (mémoire foncière du village) et des services de l’État gérant le cadastre, afin d’officialiser le titre de propriété et de sécuriser la future utilisation du bâtiment. Ce contrat précise les engagements des différentes parties prenantes du projet : répartition des prises en charge, tranches de paiement, calendrier des travaux, modalités de suivi de chantier, etc. L’engagement de leur responsabilité est un prérequis à la réussite du projet. Dans l’idéal, il faut par ailleurs prévoir un lieu permettant une éventuelle extension du site.
 

L’accessibilité

L’emplacement choisi doit permettre une fréquentation suffisante, être accessible au plus grand nombre (en milieu rural comme urbain), veiller à ne pas venir concurrencer des structures équivalentes voisines et assurer une proximité de services annexes comme le raccordement à l’eau et au réseau électrique.
 

Les choix techniques

L’implantation, le choix des matériaux et les techniques de construction doivent tenir compte de nombreux paramètres en fonction des risques environnementaux : nature du sol (sec, argileux, marécageux, zone sismique…), inondations, tempêtes, glissements de terrain, ensoleillement. Ceux-ci doivent respecter des plans type de construction voire standardisés, des normes sectorielles (ex : nombre de m² par élève pour les écoles dans le secteur de l’éducation), des critères de performance énergétique, la sécurité des usagers ainsi que le patrimoine architectural et les savoir-faire locaux. Une telle ingénierie doit nécessairement interrogée les compétences du porteur de projet qui peut faire appel à un ingénieur en construction afin d’approuver la viabilité de l’ouvrage.
 

La priorité au local

La priorité est donnée à l’utilisation de matériaux locaux et à l’implication des bénéficiaires dans la définition des besoins, la réalisation des travaux et son suivi. Il s’agit souvent d’apports en nature (main d’œuvre et/ou matière première) pouvant être valorisés dans l’établissement du budget. De nombreux partenaires financiers fixent d’ailleurs un pourcentage minimum ou maximum de cette implication locale valorisée par rapport au coût global du projet (10% généralement).
 

Les prestataires

Même sur des projets de petite ampleur, la construction d’un bâtiment fait appel à une multitude de corps de métiers : ingénierie, entreprises de travaux, fournisseurs de matériaux, architectes, maçons, etc. Il est fortement recommandé d’établir plusieurs devis auprès d’entreprises locales. Cette mise en concurrence connaît aussi ses limites : mieux vaut parfois faire le choix de répartir le marché en s’approvisionnant chez plusieurs fournisseurs afin d’éviter de générer des tensions locales et jalousies. Certains bailleurs l’imposent même.

En fonction du budget et du temps à disposition, le maître d’ouvrage peut également réaliser un appel d’offre (ouvert ou restreint à des entreprises présélectionnées). Pour la passation d’un marché, il existe des documents de référence qui permettent aux soumissionnaires de faire une proposition technique et financière :

  • les Termes de Références (TdR) pour une prestation intellectuelle : attentes du commanditaire, calendrier des travaux, implication de la communauté, enveloppe financière, etc.
  • le Cahier des Charges (CdC) pour un marché de travaux, de fournitures et d’équipement.

Quelle que soit la méthode suivie, la sélection doit se faire de manière collégiale en impliquant la communauté locale et le cas échéant les autorités locales.
 

Le suivi du chantier

La bonne coordination est un facteur clé de la réussite du projet. Les modalités de suivi sont clairement définies et validées par l’ensemble des parties prenantes avant le lancement des travaux. Celles-ci seront mises en œuvre par un Comité communautaire de coordination et de suivi. Des règles de sécurité définissent le rythme d’approvisionnement, l’utilisation des matériaux et équipements, les périmètres d’exclusion du chantier et les lieux de stockage afin d’éviter accidents et vols.

La personne en charge du suivi effectue des visites régulières, au moins hebdomadaires, et particulièrement lors des étapes clés de la construction. Toutes les parties prenantes doivent respecter une chaîne hiérarchique de décision. Le responsable tient à jour un journal de bord quotidien mentionnant les travaux en cours, les personnes mobilisées, les conditions météorologiques, les problèmes rencontrés, etc. Il en va de même pour le suivi administratif et financier où une attention particulière est portée sur la validation d’engagement des dépenses au fur et à mesure du projet (trésorerie). Lorsque le chantier est suivi à distance par le porteur du projet, la fréquence des échanges avec le responsable du suivi sur place doit elle aussi être bien définie en amont (entretiens téléphoniques ou sur Skype, échanges de mails, envoi du journal de bord et des photos, etc.)
 

Respect de l’environnement, des usagers et transfert de compétences

Plusieurs mesures d’atténuation de l’impact environnemental peuvent être prises comme une action de reboisement suite à un défrichage et l’introduction d’espèce végétales utiles (ex : jardin potager pour alimenter une cantine et créer une activité génératrice de revenus). Le traitement des déchets des travaux, souvent toxiques, doit lui aussi être anticipé en amont.

La construction doit considérer le bien être du personnel et des usagers. Des infrastructures annexes doivent également être aménagées, en particulier dans le domaine de l’eau et de l’assainissement (latrine, point d’eau potable).

Enfin, ce type de réalisation ne saurait se passer d’une réflexion à plus long terme visant à garantir son utilisation de manière autonome. Celle-ci passe par le transfert et le renforcement des compétences des populations locales : formation technique des ouvriers et artisans, sensibilisation et formation de la communauté à l’entretien régulier des bâtiments et du lieu.

 

Pour aller plus loin sur les grands principes dans le domaine de la construction, l’Agence des Micro Projets (AMP) propose un guide complet et ludique :


 

L’implication des bénéficiaires sur un chantier au Mali – Association Enkadia Sini (Indre-et-Loire)

Témoignage de Christian De Paepe, Vice-président.

L’Association Enkadia Sini soutient depuis 2006 de petits projets humanitaires dans la région de Mopti au Mali, une région assez difficile maintenant sur le plan sécuritaire. Selon ses possibilités financières, Enkadia Sini répond aux demandes de soutien venant de la population elle-même ; l’avis favorable des autorités est ensuite là pour en assurer la légalité coutumière ou administrative. C’est donc aux villageois de bien préciser leurs besoins, de participer directement à la conception du projet, d’en mener la réalisation concrète et ensuite d’en assurer la gestion (ex. : forage ou  école doivent évidemment être gérés par un Comité local). Il faut aussi noter qu’Enkadia Sini mène à bien un projet puis répond à d’autres demandes, dans d’autres villages, sans jamais rester au même endroit, si ce n’est pour en assurer la pérennité en cas de difficultés importantes (grosses réparations, matériel scolaire à assurer pendant plusieurs années…).
 

 

Un exemple : la construction de l’Ecole d’Idiely-Dô (2014 à 2016).

En réponse à une demande de construction d’une école par un village dogon, Enkadia Sini a proposé un financement, une entreprise pour gérer techniquement le chantier et un contrat liant le village à l’Association !

Le village, consulté plusieurs fois, a modifié le projet lors des palabres avec le Représentant d’Enkadia Sini. Cette phase est importante car elle permet de bien identifier  les besoins réels et les personnes ressources du village. C’est un travail de réflexion conjoint entre le village et l’Association.

Enkadia Sini a demandé le soutien effectif et quotidien des villageois, ce à quoi le Chef de village a répondu en délégant une douzaine d’hommes chaque jour sur le chantier sans compter femmes et enfants apportant l’eau et préparant les repas ! Ainsi, le village s’est lui-même attribué son école, l’Association n’apportant que son soutien financier (ajouté aux subventions du Conseil régional Centre-Val de Loire, du Conseiller général, de la Municipalité…)

Le Représentant d’Enkadia Sini s’est présenté de nombreuses fois sur le chantier pour en contrôler la bonne exécution et le respect de chacun aux engagements pris. Les deux parties ont travaillé en totale collaboration et il n’y a jamais eu de problèmes sur ce point.

Faut-il en fin de chantier : remettre les clefs au Chef de village, au Maire ou à la Directrice d’école ? Ce serait ridicule puisque le bâtiment appartient déjà aux acteurs qui l’ont construit, qui en seront les usagers par leurs enfants et qui sauront évidemment bien le gérer ou le protéger, surtout en région de Mopti !

Il est de bon aloi de parler ensuite d’évaluation. La réponse est simple : l’effectif des  enfants scolarisés du village a doublé ! Les mêmes engagements sont actuellement mis en œuvre dans la construction d’un bâtiment scolaire à proximité de Sangala.  Le chantier devrait s’achever en février 2018.



 

La construction selon la technique de la Voûte Nubienne

L’Association la Voûte Nubienne, basée à Ganges dans l’Hérault, vise à développer un marché de l’habitat adapté en Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Mali, Sénégal) en intégrant à la fois les questions de logement, de formation professionnelle, d’économie, d’environnement et de climat.

 

 

 

En lien avec les communautés locales, la structure a redéveloppé un procédé architectural antique, venu du haut Nil, et historiquement inconnu dans les autres régions africaines. Cette technique de construction (la Voûte Nubienne) est un concept architectural à la fois ancestral et innovant sans bois, ni tôle, utilisant la terre crue comme matériau et permettant la formation professionnelle d’une main d’œuvre locale et souvent précaire à un métier d’avenir. Le résultat ? L’accès aux populations à des bâtiments abordables et adaptés, confortables et résistants face aux conséquences des changements climatiques, la création d’emplois verts, le renforcement des économies à toutes échelles et le développement d’une filière « habitat adapté » dans une économie verte.

En savoir plus sur la Voûte Nubienne.

 

La reconstruction de maisons d’accueil d’enfants à Gaza – Association Medina (Cher)

Témoignage de Renaud Mettre, Président adjoint.

« Sur les trois centres que nous avons là-bas, deux ont été détruits lors de bombardements en 2014, à Jabalia et à Beit Hanoun. Il nous a fallu réfléchir à ce nous allions faire et pour cela, nous avons des contacts réguliers avec les associations gazaouis sur place, qui font fonctionner ces maisons d'accueil et que nous finançons pour cela. Nous ne faisons rien qui ne soit une demande de la population sur place. En l’occurrence, il a été décidé de reconstruire ces maisons d'accueil.

Une fois les autorités redonnant l'autorisation d'accès, une évaluation des importants dégâts est réalisée ainsi que le coût de la reconstruction. Des appels aux dons à nos donateurs réguliers et la participation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (cellule de crise), nous ont permis d'avoir un budget.




 

Notre coordinateur sur place lance les appels à projets et reçoit les propositions des entreprises et artisans. Nous privilégions la réutilisation des matériaux sur place et ce qui est fabriqué dans la bande de Gaza elle-même, car d'une part tout ne peut pas traverser les checkpoints du mur qui entoure Gaza et d'autre part, les taxes d'importation sont souvent élevées et font grimper les budgets inutilement. C'est aussi un respect pour nos donateurs de leur montrer que l'argent ne va pas dans des taxes. Une fois les artisans sélectionnés, nous donnons l'autorisation d'engager les travaux à notre coordinateur sur place.
 

Le suivi de chantier se fait chaque jour par des contacts téléphoniques entre notre coordinatrice de programme à Bourges et notre coordinateur à Gaza. Nous demandons des photos tout au long de la réalisation des travaux, les bons d'achats des matériaux, etc. Avoir une coordination sur place, des locaux sérieux et de confiance, salariés ou pas est vraiment un plus pour faire avancer les choses. Plusieurs missions sur place font que nos administrateurs connaissent très bien les lieux, ainsi nous pouvons comprendre ce qui est construit et comment. Enfin, pour nos donateurs et nos rapports d'avancement des travaux, les photos sont utiles et permettent de montrer ce qui a été réalisé avec leur argent. Le suivi est réalisé par une commission restauration et reconstruction créée spécifiquement au sein du Conseil d'Administration. Ce groupe d'administrateurs-trices fait des remontées au CA lors de nos réunions mensuelles.

 

 

De manière générale, le principal problème était de faire entrer des matériaux dans Gaza pour reconstruire. Juste après l'assaut des forces militaires israéliennes pour paralyser le Hamas, les checkpoints étaient fermés et plus rien ou presque ne pouvait entrer à Gaza. Au maximum, il a fallu travailler avec les matériaux présents à Gaza. L'urgence pour nous était de remettre les sanitaires en fonction et l'accès à l'eau. Pour ce que nous devions importer, il a fallu attendre qu’Israël ré-ouvre les checkpoints. Sur place les travaux sont allés assez vite car les familles dont les enfants bénéficient des maisons d'accueil, les salariés et les bénévoles de ces maisons se sont toutes et tous mis à la tâche de la reconstruction. C'est avec émotion que nous avons vu revivre ces lieux d'accueil avec les enfants. »

 

Mis à jour le 11 janvier 2018
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