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L'AGROÉCOLOGIE : " une révolution agriculturelle "

L'AGROÉCOLOGIE : " une révolution agriculturelle "

Opposée à l'agrobusiness, l'agroécologie désigne un modèle agricole qui utilise les services rendus par la Nature (écosystèmes) en tentant de l'imiter, plutôt que de chercher à les substituer par des intrants (engrais, pesticides...). Cette démarche s'inspire de techniques traditionnelles des paysans pour en tirer des connaissances scientifiques modernes.

Composer avec la nature plutôt que de lutter contre elle

 

Elle est un ensemble de pratiques agricoles : à la fois une discipline scientifique (recherche), un mouvement et des techniques (agroforesterie, agriculture de conservation, polycultures…) prenant en compte la protection de l’environnement et le respect des ressources humaines et naturelles locales.


 

« L’agroécologie est pour nous bien plus qu’une simple alternative agronomique. Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du Vivant. » - Pierre Rabhi, fondateur du Mouvement Colibris


 

Pour l’association Terre & Humanisme, « l’agroécologie considère le respect de la terre nourricière et la souveraineté alimentaire des populations sur leurs territoires comme les bases essentielles à toute société équilibrée et durable. Approche globale, elle inspire toutes les sphères de l’organisation sociale : agriculture, éducation, santé, économie, aménagement du territoire… Elle est adaptable à tous les biotopes, au Nord comme au Sud, et accessible à tous ».

Ainsi, l’agroécologie ne se résume pas à un catalogue de « bonnes pratiques », ce modèle agricole facilement assimilable et transposable est la forme de production qui répond le mieux aux moyens et aux besoins des petits producteurs. Instrument de souveraineté alimentaire, elle a des visées sociopolitiques en proposant un véritable projet de transformation sociale qui rend justice aux paysanneries du Sud en tant que premiers fournisseurs d’alimentation dans le monde afin d’enrayer leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs, des intermédiaires et des marchés externes.

 

De multiples avantages

Les grandes firmes de l’agrobusiness ont développé une stratégie visant à instrumentaliser le discours de la faim, voire celui de l’écologie, et à reformuler, à leur façon et à leurs avantages, les termes du débat et les enjeux qui les sous-tendent (M.Williams, 2009). Elles ont progressivement privatisé la sécurité alimentaire. L’apport massif d’intrants chimiques, base de l’agriculture intensive et de ses vastes monocultures industrielles et standardisées (maïs, blé, riz, soja, coton), n’est pourtant pas une modernisation sans conséquences : épuisement progressif et contamination des nappes phréatiques, érosion et diminution de la fertilité des sols, apparition de diverses formes de résistances biologiques, baisse progressive des rendements céréaliers, perte de diversité génétique ou encore hausse des maladies invalidantes et des cancers, etc. Cela contribue à l’artificialisation et à l’homogénéisation des espaces ruraux, au détriment des cultures alimentaires locales et des espaces naturels.


Face à ces multiples externalités négatives, l’agroécologie propose des alternatives avantageuses :

  • Écologiques : fertilisation organique des sols, optimisation de l’usage de l’eau, respect et sauvegarde de la biodiversité, lutte contre la désertification et l’érosion…
  • Économiques : alternative peu coûteuse, économie du coût des intrants et du transport, relocalisation de l’économie par la valorisation des ressources locales…
  • Sociales : production d’une alimentation de qualité, garante de bonne santé, autonomie alimentaire des individus et stabilisation des populations sur leurs terres, revalorisation de la place des paysans dans les sociétés, création et renforcement des liens sociaux.…

 

EN CHIFFRES

Une enquête pilotée par Jules Pretty (2006) comparant l’impact de 286 projets agroécologiques couvrant près de 37 millions d’hectares (3% des surfaces cultivées dans les pays du Sud) situés dans 57 pays pauvres montre que, suite aux interventions « agroécologiques », des hausses de productivité ont été enregistrées dans près de 12,6 millions d’exploitations, avec des récoltes en moyenne 79 % plus élevées, le tout combiné à une augmentation de l’offre de services environnementaux.


 

Ses particularités

L’agroécologie prend le contre-pied du modèle agroproductiviste en se basant sur plusieurs principes exigeants en termes de renouvellement de la biomasse et l’entretien de la fertilité des sols, minimisation des pertes en énergie solaire, en air et en eau, diversification génétique dans le temps et l’espace, valorisation des interactions biologiques, lutte contre les ennemis des cultures (maladies, ravageurs et adventices). La pratique agroécologique a le pouvoir de refertiliser les sols, de lutter contre la désertification, de préserver la biodiversité (dont les semences) et d’optimiser l’usage de l’eau.
 


 

De puissants obstacles à la « révolution agriculturelle »

Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU, dénombre quatre verrous à cette transition agroécologique, d’ordre :

  • « Technologique : la modernisation de l’agriculture mondiale s’est faite uniquement selon un modèle productiviste.
  • Socio-économique : de grands acteurs dominent le marché, aussi bien au niveau des producteurs d’intrants que des industries de transformation. La possibilité pour de petits acteurs ou même des acteurs de taille moyenne de créer des alternatives est donc très limitée.
  • Culturel : nos modes de vie pressés dépendent d’une alimentation transformée et facile à préparer.
  • Politique : les gouvernements sont sensibles aux intérêts de leurs grandes entreprises agroalimentaires, qui se trouvent de fait disposer d’un droit de veto sur les transformations d’ensemble » (Le Monde, 29 avril 2014).

Pour préserver leurs intérêts, les géants de l’agrobusiness exercent des pressions directes ou indirectes (menace de délocalisation, lobbying…), diffusent massivement des discours qui instrumentalisent l’enjeu de la faim, remettent en cause bon nombre d’études indépendantes gênantes et se posent finalement comme les détenteurs de l’unique solution pour nourrir l’humanité entière qui ne cesse de croître (Alternatives Sud, 2014).

Mouvements paysans, ONG environnementalistes, scientifiques, syndicats ouvriers, partis politiques ou encore « simples consommateurs », les acteurs de la lutte pour un autre modèle de production et de consommation devront donc avant tout gagner leur combat sur le terrain des idées car l’agroécologie « se heurte à des préjugés tenaces, hérités d’une conception de l’agriculture qui voit son avenir dans une industrialisation toujours plus poussée – vision qui est dépassée, mais qui continue à dominer les esprits. Elle bouleverse les intérêts établis, comme ceux de l’industrie chimique qui fournit les intrants et des firmes qui les importent » (cité dans M.-D.Robin, 2012).

 

INTERVIEW de Mikael Motelica

Pourquoi avoir mené ce programme de recherche Biosol au Burkina ?

Le programme a été mené au Burkina du fait des travaux précédents conduits dans ce pays par des acteurs de ce projet (e.g. programmes de recherche « Barani », « Radicel-K »), de la rencontre avec des partenaires français de la coopération internationale œuvrant au Burkina (Loos N’ Gourma) et de nos contacts privilégiés avec l’Université de Ouagadougou.

Le programme de recherche BIOSOL a pour objectif de promouvoir de nouvelles connaissances éco-agronomiques innovantes, dites d'intensification écologique, qui puissent apporter des réponses fiables pour assurer un développement environnemental et socio-économique durable dans différentes régions du Burkina Faso (villages de Sampieri à l'Est, Barani à l'Ouest et d’Oradora au Sud). Il s'inscrit dans le souci présent et mondial de « nourrir la planète » de façon durable et d'en réduire les contrastes de pauvreté par l'utilisation de techniques agricoles performantes, endogènes et auto-centrées.

BIOSOL tente ainsi d'apporter une réponse aux défis multiples, régionaux et locaux, du changement climatique en zone sahélo-soudanienne (désertification, perte de fertilité des sols, paupérisation, insuffisance alimentaire, migrations forcées...).

 

L’agroécologie est-elle une pratique présente dans les pays du Sud ? Quel état des lieux pouvons-nous dresser ?

La majorité des populations africaines continue d’être nourrie par l’agriculture associée traditionnelle qui est réalisée dans des conditions de plus en plus désastreuse par suite de la diminution voire de la disparition des jachères régénératrices. Il faut réfléchir pour inventer une agriculture autre pour le Nord comme pour le Sud. Cette agriculture doit prendre en compte les contraintes écologiques des milieux, produisant aussi bien la nourriture que l'énergie ou des services écologiques, assurant une maîtrise des risques phytosanitaires, limitant les effets sur la santé et l'environnement.

Le défi du XXIème siècle est de non seulement éradiquer la famine qui perdure encore mais aussi de nourrir la planète qui doit prendre en compte l’état de dégradation des sols pour les divers agro(éco)systèmes à différents degrés de développement. Il faut pouvoir assurer une augmentation de la production agricole mais aussi sa stabilité ainsi que sa diversification. Après l’échec reconnu en divers pays du Sud, de l’intensification de la monoculture vivrière et des systèmes antiérosifs, pour de nombreuses causes physiques, climatiques, anthropiques, socio-économiques, de nouveaux savoirs scientifiques et technologiques reposant sur les savoirs traditionnels des paysans du Nord comme du Sud et sur les résultats de la recherche scientifique ouvrent de grandes possibilités de réussir un écodéveloppement durable. Il repose sur l’utilisation d’innovations associant des techniques biophysiques traditionnelles couplées à des nouvelles techniques scientifiques modernes qui favorisent l’aggradation des sols et leur redonnent leur qualité potentielle. Ces techniques restituent les fonctions agroécologiques par une meilleure gestion du sol et de l’eau, par une économie d’intrants, par un apport d’amendements organiques alternatifs, par une amélioration du fonctionnement de la biodiversité, par un usage plus économe de l’énergie.

 

Quels sont les enjeux pour le développement des Suds de recourir à l’agroécologie ?

Basée sur l’utilisation mesurée des ressources locales, l’agroécologie vise à intégrer dans sa pratique l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé permettant de concilier productivité, gestion durable des ressources naturelles, sécurité alimentaire et développement humain tout en préservant la santé des populations. Ces pratiques permettraient ainsi donc non seulement de restaurer la fertilité des sols des pays du Sud mais aussi d’assurer une vrai intégration des pratiques agro-sylvo-pastoraux permettant aux populations locales d’en tirer des bénéfices à court, moyen et long termes. L’agroécologie fournit des bases scientifiques et de nouvelles normes pour aborder le fonctionnement des agroécosystèmes. En particulier, l'introduction de l'agriculture de conservation avec la diversification des cultures et l'utilisation de cultures mixtes traditionnelles qui imitent les processus naturels est bien adaptée aux petites unités agricoles.

Les effets des pratiques agricoles sur la base des services écosystémiques sur le rendement des cultures céréalières (mil, mais) et plusieurs indicateurs de fertilité du sol (fonctions de transfert d'eau) physiques, chimiques (par exemple disponibilité en nutriments) ou biologiques (biomasse du sol, structure de la communauté et l'activité des micro-organismes) ont été mis en évidence en parallèle avec la détermination des différents paramètres pédo-physiques et chimiques dans le cadre du programme de recherche BIOSOL. Nous pensons que ces expérimentations sont transposables dans d’autres pays du Sud. La diversification agricole doit être déclinée aux différentes échelles pertinentes (le système de culture, l’exploitation agricole, le territoire), pour répondre non seulement aux potentialités écologiques du champs, des unités agro-géologiques (bassin versant unitaire), de la petite région mais aussi du choix des paysans en fonction des fluctuations de la demande et de l’évolution des cours mondiaux et locaux ouvrant à un large éventail d’associations agro- forestières.

 

Etes-vous impliqué en région dans des initiatives d’agroécologie ?

J’ai été impliqué dans le jardin expérimental biologique, expérimental et partagé « L’Apacrete » d’Ingré, Alternatiba, le projet de recherche « SERVEUR » sur les parcs urbains de la région Centre…

 

Quels conseils donneriez-vous aux acteurs de la région qui souhaiteraient se lancer dans le domaine ?

S’informer, se former, visiter des expérimentations, s’insérer dans des réseaux …

 

 

« Partager un jardin, s’initier à l’agroécologie »

La Commission « Énergie, Environnement, Climat » du réseau Centraider  vous propose une immersion dans un jardin partagé agroécologique à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (sud-ouest d’Orléans) pour échanger sur les techniques et les enjeux de cette pratique au Sud comme au Nord.

 

 

Jeudi 22 Juin, de 14h00 à 17h30

Jardin partagé de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, à 50 m de la Mairie, 494 route d'Orléans

Inscriptions obligatoires : contact@centraider.org ou au 02 54 80 23 09.

 

 

PROGRAMME

14h00                    Accueil au jardin de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin.


14h15                    Visite du jardin partagé : découverte des cultures, pratiques et des essais de permaculture, visite de la centrale photovoltaïque villageoise.


15h30                   Les pratiques des Suds et du Nord dans l’agroécologie

  • Le Burkina Faso un précurseur au Sud, Mikael Motelica-Heino, Professeur de biogéochimie au laboratoire ISTO CNRS/Université d’Orléans, qui a dirigé le programme BIOSOL et Bertrand Sajaloli, Administrateur à Centraider et Maître de Conférence à l’Université d’Orléans
  • Échanges sur les pratiques : passerelles, différences, contextes et perspectives

17h00                    Verre de l’amitié

 

 

Sources

« Agroécologie : enjeux et perspectives », Alternatives Sud, vol. 21, n° 3, coordonnée par Laurent Delcourt, Edition CETRI, 2014

Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme

Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Terre & Humanisme

Robin M.-D. (2012), Les moissons du futur. Comment l’agroécologie peut nourrir le monde, Paris, La Découverte, Arte Éditions.

Williams M. (2009), « Feeding the World ? Transnational Corporations and the Promotion of Genetically Modified Organisms », in J. Clapp & D. Fuchs, Corporate Power in Global Agrifood Governance, MiT-Massachusetts Institute of Technology, pp. 156-185.

Mis à jour le 13 juin 2017
Centraider, Réseau régional des acteurs de la coopération et de la solidarité internationale Pôle Chartrain - 140, Faubourg Chartrain - 41100 Vendôme - Tél. : 02.54.80.23.09
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