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L'égalité hommes-femmes, une longue révolution culturelle. Focus sur la difficile émancipation des femmes en Asie.

L'égalité hommes-femmes, une longue révolution culturelle. Focus sur la difficile émancipation des femmes en Asie.

La Journée internationale des femmes est célébrée le 8 mars de chaque année. Elle puise ses racines dans la lutte menée par ces dernières pour participer activement à la société sur un pied d'égalité avec les hommes...

L’analyse et la prise en compte, dans tous les domaines, des rapports sociaux entre femmes et hommes sont faites à travers l’approche « genre ». Malgré quelques avancées, le décalage entre droits formels et droits réels est grand : une oppression misogyne persiste. Le poids des traditions culturelles et des sociétés basées sur un système patriarcal laisse très peu d’autonomie aux femmes et les assignent dans des rôles sociaux établis, instituant de fait une hiérarchisation des sexes au détriment des femmes : « masculinisation » des naissances, faible accès à l’éducation, discriminations, sociologie du travail « genrée », faible représentation en politique et plus généralement dans les organes décisionnaires, violences en tout genre, etc.

La place des femmes et le renforcement de leur autonomie est un objectif central des projets de développement qui, au-delà d’une question de respect des droits humains, recouvre des enjeux structurels impliquant de véritables changements sociétaux, culturels et politiques. À court terme, il s’agit déjà d’améliorer les conditions de vie des femmes et de leur famille. Aujourd’hui, face à l’ampleur des discriminations, une chose est sûre : la révolution culturelle s’annonce longue… mais elle ne pourra se passer de la moitié de l’humanité.

 

Le 22 mars prochain, à Orléans, la Commission « Asie » du réseau Centraider se réunira autour de ces questions du renforcement de l’autonomie des femmes dans les projets de développement comme un moyen de mettre en valeur leur rôle social et de revendiquer plus de démocratie. Dans le contexte asiatique comme dans le nôtre, ces questions rencontrent une grande pluralité de situations.




 

CHIFFRES CLÉS DES FEMMES DANS LE MONDE[1]

  • 1 femme sur 3 est victime de violence physique ou sexuelle.
  • 16 pays gouvernés sur 193.
  • Elles effectuent les 2/3 du nombre d’heures de travail et produisent plus de la moitié des aliments, mais ne gagnent que 10 % du revenu total, possèdent moins de 2 % des terres et reçoivent moins de 5 % des prêts bancaires.
  • 2/3 des personnes analphabètes.
  • 7% des cadres dirigeants des 5000 premières entreprises françaises.
  • 2 Bangladaises sur 3 se marient avant 18 ans.
  • Au moins 25 pays ont des législations qui ne leur permettent pas de transmettre leur nationalité à leurs enfants.
  • Il manque 5 millions de femmes au Pakistan.
  • En Afrique subsaharienne, elles passent 40 milliards d’heures par an à l’approvisionnement en eau de la famille, ce qui équivaut à une année entière de travail de toute la population active de la France.
  • Taux de participation des femmes à la vie politique (2014) : Afghanistan 28%, Allemagne 37%, Cuba 49%, France 27%, Inde 11%, Iran 3%, Qatar 0%, Rwanda 64%, Sénégal 43%.

 

LE PHÉNOMÈNE DE « MASCULINISATION »

Depuis la fin du XXème siècle, nous assistons à un accroissement anormal de la proportion de naissance masculine, un phénomène tristement connu, particulièrement dans plusieurs pays asiatiques. En France, on recense 105 garçons pour 100 filles à la naissance, soit la moyenne européenne. Des déséquilibres de ce ratio sont observés depuis plusieurs décennies, en particulier en Chine (116 garçons pour 100 filles) et en Inde (110/100). Les variations ont même pu atteindre dans certaines régions des écarts très inquiétants : 132/100 dans la province du Henan en Chine (2000) et jusqu’à 169/100 dans le territoire de Daman en Inde. La natalité est ainsi devenue un instrument de discrimination sexuelle à part entière.

Ce phénomène est principalement causé par des pratiques silencieuses d’élimination des filles par avortement sélectif (basé sur la connaissance du sexe de l’enfant), par infanticide sélectif (meurtre délibéré d’un nouveau-né) et par le traitement inégal des enfants pour l’accès aux soins en fonction de leur sexe.

La primauté du masculin prédomine pour des raisons culturelles et sociales. En Chine, à Taïwan et en Corée du Sud, l’absence d’héritier masculin signifie l’extinction de la lignée familiale (perte du patronyme et de l’honneur de la famille) et du culte des ancêtres. Dans l’hindouisme, ne pas avoir de fils condamne les parents à l’errance, ce qui se traduit par une impossibilité de pratiquer les rites funéraires des parents défunts traditionnellement faits par le(s) fils. En Chine comme en Inde, une fille n’est que « de passage » chez ses parents, le mariage signifiant sa perte et l’obligation de verser une dot à la famille du marié. Les conséquences de ce déficit entraînent par ailleurs des migrations de mariage, notamment aux frontières sino-vietnamiennes avec le développement du trafic de femmes. Les femmes ont moins de chances de réussite sociale, ce qui pousse les parents à calculer la rentabilité de leurs enfants, particulièrement dans les milieux victimes de grande pauvreté.

 

FAIBLE ACCÈS A L’ÉDUCATION ET SOCIOLOGIE DU TRAVAIL « GENRÉE »

Dans le monde, des millions de filles restent privées de l’accès à l’éducation. 2/3 des 774 millions d’analphabètes dans le monde sont des femmes. La prégnance des traditions culturelles et du système patriarcal surtout en milieu rural est encore forte. Les femmes sont destinées à s’occuper du foyer et des enfants, l’école pour les filles n’est pas perçue comme une priorité. Au Pakistan, leur taux d’alphabétisation en 2011 variait de 80% à Islamabad la capitale à 1% dans le district rural du Baloutchistan, à l’ouest du pays.

Pourtant, comme le souligne l’Unesco, l’éducation des filles a un impact énorme sur toute la société, elle permet d’améliorer la santé de la mère et la nutrition de ses enfants, de diminuer les risques de se marier et d’avoir un enfant précocement, d’augmenter les chances de trouver un emploi ou encore de réduire les écarts de salaire avec les hommes.    

De véritables inégalités hommes-femmes sont également visibles dans la sphère professionnelle. Bien que les femmes effectuent les 2/3 du nombre d’heures de travail dans le monde et produisent plus de la moitié des aliments, elles ne gagnent que 10 % du revenu total, possèdent moins de 2 % des terres et reçoivent moins de 5 % des prêts bancaires. Elles constituent 70 % des 1,2 milliard de personnes vivant avec moins de 1 dollar/jour.

L’égalité salariale n’existe nulle part. Dans l’Union européenne, les femmes gagnent en moyenne 17 % de moins que les hommes. Partout le chômage, la précarité, le travail non qualifié et à temps partiel touchent en premier lieu les femmes.

 

SOUS-REPRÉSENTATION EN POLITIQUE

Sur le plan politique, la faible représentation des femmes à des postes de décision freine inévitablement leur représentativité et leurs revendications. Seuls 16 pays dans le monde sur 193 sont gouvernés par des femmes, dont 5 en Asie : Bangladesh, Corée du Sud, Népal, Myanmar et Taïwan. Les femmes détiennent en moyenne 16% des portefeuilles ministériels, majoritairement des ministères moins prestigieux, et représentent 21,8% des parlementaires toutes chambres confondues (2014).

 

De gauche à droite : Park Geun-Hye (Présidente de la Corée du Sud, 4ème économie d’Asie), Ellen Johnson Sirleaf (Présidente du Libéria, 1ère femme élue à la tête d’un pays africain en 2005), Angela Merkel (Chancelière allemande depuis 2005) et Aung San Suu Kyi (Chef du gouvernement et de la diplomatie birmane). 

 

En Chine, seulement 2,2% des femmes occupaient des postes à responsabilité en 2011. Bien que des changements soient en marche depuis quelques années, grâce à des politiques sociales en faveur des femmes, la révolution culturelle semble encore longue. Être une femme seule, une « leftover woman » ou « sheng nu » (que l’on peut traduire par « celles dont on ne veut plus ») reste un véritable phénomène de société pour ces centaines de milliers de femmes sans homme, surtout citadines, diplômées et indépendantes financièrement. En 2007, le gouvernement chinois a même lancé une campagne de communication qui visait à disqualifier ces femmes approchant la trentaine qui choisissent de ne pas se marier et de ne pas avoir d’enfants.

Au Pakistan, la situation des femmes reste extrêmement inégale. Le rapport mondial de 2013 sur les inégalités et discriminations entre hommes et femmes plaçait le pays à l’avant-dernier rang malgré des succès connus dans les mondes de l’entreprise et aussi politique où 1/3 des sièges leur été réservés au Parlement. L’égalité hommes-femmes est au cœur des enjeux politiques de ce pays et a d’ailleurs pu être instrumentalisée à des fins électoralistes sans créer de profondes améliorations et changements sociaux pour faire respecter le droit des femmes.

La situation irakienne présente beaucoup de marqueurs similaires. En 2005, après des années de conservatisme hostile à l’émancipation des femmes, et sous la pression de la communauté internationale, le pays instaure un quota de 25% de femmes dans les assemblées représentatives. L’effet pervers fut une représentation au sein des élues femmes du groupe majoritaire conservateur, sans émergence de contre-pouvoir.

 

DES VIOLENCES EN TOUT GENRE

L’ONU définit la violence faite aux femmes comme « tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée ».

Les phénomènes de violences à l’encontre des femmes restent encore largement répandus. La forme la plus violente s’illustre par les « crimes d’honneur » perpétrés par les familles qui mettent à mort un membre féminin de la famille qui n’est plus « chaste ». Les mutilations sexuelles, comme l’excision, perdurent elles aussi dans une trentaine de pays. On estime à 125 millions de femmes et de fillettes qui seraient concernées par ces pratiques culturelles. Dans plusieurs pays, des organisations de la société civile luttant pour le droit des femmes élèvent la voix pour faire pression auprès des responsables politiques et tentent ainsi d’apporter une protection aux femmes victimes de violences en tout genre : « crimes d’honneur », mutilations sexuelles, harcèlement, mariage forcé, trafic de femmes, tourisme sexuel, interdiction de l’avortement, pratiques médicales barbares, etc. Malgré certaines évolutions sur le plan législatif, leurs revendications se heurtent souvent à l’intransigeance de l’État vis-à-vis de tout mouvement social de contestation.

 

RENFORCER LES CAPACITÉS DES FEMMES

La place des femmes et le renforcement de leur autonomie est un objectif central des projets de développement. Les Nations unies ont réaffirmé l’égalité des sexes comme l’un des Objectifs du Développement Durable (ODD n°5). En France, le Ministère des Affaires étrangères et du développement international s’est doté d’une « stratégie genre et développement 2013-2017 » afin de faire avancer et de prioriser les actions en faveur du genre dans l’aide publique au développement (APD), et ainsi tendre vers plus de justice sociale, de démocratie, d’équité et de permettre une plus large acquisition du pouvoir par les femmes dans les sociétés en développement. Notons d’ailleurs que la prise en compte de ce critère de « genre » est de plus en plus incitée par de nombreux bailleurs de fonds. L’Agence Française de Développement (AFD) doit consacrer pour sa part, dès cette année, la moitié des opérations qu’elle finance à l’égalité femmes-hommes ou, à minima, en faire un objectif secondaire.

Si les écarts entre droits formels et droits réels restent profonds, plusieurs initiatives montrent l’importance de l’émancipation des femmes. Le Bangladesh se situe à la 8ème position des pays où l’écart entre les hommes et les femmes est le plus faible, notamment dans la sphère politique. Ceci est en partie dû à un contexte historique politique singulier, avec une femme à la tête du gouvernement depuis plus de vingt ans (Sheikh Hasina a été Première ministre de 1996 à 2001 et de nouveau depuis 2009) et à une forte représentativité des femmes au Parlement (20% des sièges). Cette prégnance politique a eu pour effet de changer profondément la vision traditionnelle de la famille. Un net recul du phénomène des « femmes manquantes », comme nous l’avons vu avec la « masculinisation » des naissances, a été observé, et le fils semble de moins en moins préféré à la fille dans la sphère familiale. Le Bangladesh peut ainsi inspirer des états pour démontrer l’impact sociétal de la participation des femmes à la prise de décision.

Le succès de la participation économique dans le domaine agricole et ouvrier est dû en grande partie à la microfinance, les femmes rurales étant les premières emprunteuses. Cette insertion économique pose question et de réels enjeux demeurent quant à la précarité des conditions de travail des Bangladaises. Le secteur textile notamment est malheureusement connu pour ses limites vis-à-vis des droits des travailleuses, des faibles rémunérations et des conditions de travail difficiles qui ont des impacts notables sur la santé et la sécurité.

Des changements sur l’intégration économique des femmes dans le marché du travail sont également en marche au Cambodge, pays où les traditions culturelles et le système patriarcal sont particulièrement forts, surtout en milieu rural. La pression économique de ces dernières années à pousser les femmes à migrer vers les villes pour chercher du travail. Cette émancipation économique est cependant pour la plupart d’entre elles synonyme de conditions de travail très difficiles, de salaires faibles bien inférieurs à la moyenne nationale et de contrats de travail précaires. Dans les usines textiles cambodgiennes, 9 travailleurs sur 10 sont des femmes.

 

Le concept de développement durable fait très souvent la part belle à la promotion des énergies renouvelables ou à la préservation des ressources en eau mais beaucoup moins à la prise en compte des réalités des rapports sociaux entre hommes et femmes. En Asie comme ailleurs, la place des femmes dans la société est sans cesse remise en question. Les femmes subissent des discriminations quel que soit leur milieu ou nationalité. Beaucoup s’engagent pour défendre ces droits mais manquent souvent cruellement de moyens suffisants pour mener à bien leur combat. Elles ne constituent pas pour autant un groupe homogène selon leur âge, leur statut social ou encore leur ethnicité. Elles sont aussi parfois soutenues dans leurs actions par les hommes dont l’engagement est un prérequis pour faire évoluer les consciences et tendre vers une mobilisation massive de l’opinion publique.

 

NE MANQUEZ PAS LA COMMISSION « ASIE » DU 22 MARS !

Autour d’une conférence puis d’un atelier, la Commission « Asie » du réseau Centraider se penchera sur ces questions du renforcement de l’autonomie des femmes dans les projets de développement à travers différents témoignages d’acteurs régionaux engagés sur la thématique.

 

Mercredi 22 mars 2017, à Orléans, de 14h à 19h30

Résidence Jeunes Colombier, 29 rue du Colombier – 45000 Orléans

  

1ère PARTIE : CONFÉRENCE « Genre et Développement »

14h00   Accueil.

14h15   Ouverture par Alain PAYEN, Administrateur référent « Asie » à Centraider.

14h30   Inégalités de genre en Asie : quelles politiques de développement ? Kamala MARIUS, membre du réseau Genre en Action et Enseignante-Chercheure.

15h30   Pour GK SAVAR, ONG du Bangladesh : « le développement ne se fera pas sans les pauvres mais pour et avec les pauvres, et en tout premier lieu les femmes », Marie-Noëlle LEJEUNE, présidente du comité de soutien du Cher à GK SAVAR/ Bangladesh.

16h15   Échanges avec la salle.

16h45   Clôture de la conférence.

 

2ème PARTIE : ATELIER « Porteurs de projet Asie »

17h00   Comment promouvoir l’Asie et ses cultures en région Centre-Val de Loire ? Animé par Alain PAYEN et Elsa TISNÉ-VERSAILLES, CENTRAIDER.

18h30   Pot de l’amitié.

19h30   Clôture de la rencontre.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

La question du « genre » vous intéresse ? Pour aller plus loin :

 

Le site d’Adéquations.

« Stratégie genre et développement 2013-2017 », Ministère des Affaires étrangères et du développement international.

« Atlas mondial des femmes, les paradoxes de l’émancipation», Wilfried Rault, Isabelle Attané, Carole Brugeilles, Autrement, 2015.

« L’Asie manque de femmes », Isabelle Attané, Le Monde diplomatique, 2006.

« La situation des femmes en Inde », Linda Bouifrou, géographe spécialiste de l’Inde, Action Contre la Faim.

Les femmes au Pakistan : une situation contrastée”, Virginie Dutoya, Mars-Avril 2014, Questions internationales n°66, p.81

 

Mais aussi quelques articles avec des focus pays sur l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Cambodge, la Chine, l’Irak, le Laos, le Pakistan et la Thaïlande et le Vietnam


[1] Sources : Adéquation, INED, OCDE.

Mis à jour le 3 mars 2017
Centraider, Réseau régional des acteurs de la coopération et de la solidarité internationale Pôle Chartrain - 140, Faubourg Chartrain - 41100 Vendôme - Tél. : 02.54.80.23.09
Centraider est une association loi 1901 soutenue par la Région Centre et l'Etat

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