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L'accès à l'éducation dans le monde : quelques progrès et beaucoup de mauvaises notes.

L'accès à l'éducation dans le monde : quelques progrès et beaucoup de mauvaises notes.

L'enseignement joue un rôle fondamental dans la réduction des inégalités, et ce bien au-delà du clivage Nord-Sud. Sans éducation pas d'émancipation. À l'occasion de la tenue de la prochaine commission " Éducation-formation " (Blois, le 26 janvier), où nous vous espérons nombreux-ses, le dossier du mois s'intéresse aux enjeux, aux freins et alternatives, afin de favoriser l'accès à l'éducation dans le monde.

Des avancées notables…

En 2000, dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les pays membres de l’ONU s’étaient fixés « d’ici à 2015, de donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires ».
 

Dans les régions en développement, le taux net de scolarisation dans l’enseignement primaire a atteint 91 % en 2015, contre 83 % en 2000. Le nombre d’enfants non scolarisés en âge de fréquenter l’école primaire a été réduit quasiment de moitié dans le monde, passant de 100 millions en 2000 à environ 57 millions en 2015. Parmi toutes les régions, l’Afrique subsaharienne a obtenu les meilleurs résultats en ce qui concerne l’éducation primaire depuis que les OMD ont été mis en place. Cette région a augmenté de 20 points de pourcentage son taux net de scolarisation en quinze ans. Le taux d’alphabétisation des jeunes de 15 à 24 ans a augmenté dans le monde, passant de 83 % à 91 % entre 1990 et 2015, et l’écart entre les femmes et les hommes s’est réduit. En Asie du sud, en 1990, seulement 74 filles allaient à l’école primaire pour 100 garçons. 25 ans plus tard, 103 filles sont scolarisées pour 100 garçons.[1]

Certains pays ont enregistré des résultats très encourageants. C’est le cas de l’Algérie qui a augmenté le nombre d’enfants accueillis dans le préscolaire et en maternelle de 2% en 2000 à 79% en 2012.

 

… qui cachent l’ampleur du travail à accomplir

Pour autant, beaucoup reste à faire en matière d’éducation. Les progrès réalisés entre 2000 et 2008 ont fini par stagner. Après quatre années d’études primaires, 250 millions d’enfants ne savent toujours pas lire et écrire ; un enfant sur quatre abandonne ses études avant la dernière année de primaire ; 47% des enfants en Asie du sud et 39% en Afrique subsaharienne ont un retard de croissance dû à la malnutrition qui handicape leur développement et leurs capacités d’apprentissage. Au total, seulement un tiers des 140 pays ont atteint l’ensemble des OMD en matière d’éducation.[2]
 

Plusieurs  facteurs pourraient expliquer une telle situation. Les enfants les plus pauvres ont quatre fois moins de chance de fréquenter l’école primaire, bien souvent avec l’obligation de travailler très tôt pour aider leur famille à subvenir à ses besoins ; près de 170 millions d’enfants travaillaient en 2013. D’autres sont marginalisés pour leur appartenance à une minorité ethnique ou linguistique, pour leur handicap qui nécessite des besoins spécifiques ou pour leur sexe. Préférence accordée à l’éducation des garçons, maternité précoce, la réduction des inégalités filles-garçons qui s’aggrave en situation de pauvreté laisse à désirer. Enfin, la persistance de conflits, de guerres et de moyens dédiés restent des obstacles majeurs à l’éducation.


Découvrez « Enfants non scolarisés », infographie réalisée par l’Unesco.

 

 

L’aide publique française à l’éducation dans les pays en développement

Avec plus de 8 milliards d’euros en 2015, la France est le 5ème contributeur mondial d’Aide publique au développement (APD). En 2014, l’aide à l’éducation de base, qui comprend douze ans d’enseignement primaire et secondaire de qualité, public et gratuit, ne représentait que 3% de l’APD française.

 

« La réalité de l’aide française en chiffres » (Coalition Éducation)


 

Parmi l’aide à l’éducation supérieure, la Coalition Éducation souligne que les bourses et frais d’écolages gonflent la réalité. Ces frais désignent les dépenses consenties pour l’accueil et la formation d’étudiants étrangers sur son territoire. La France y a consacré en 2014 plus d’1 milliard de dollars, soit 12% de l’APD totale et 24 fois plus que l’aide allouée à l’éducation primaire. Et il apparaît complexe d’établir l’impact réel de ces dépenses sur la réduction de la pauvreté et des inégalités dans les pays d’origine des étudiants dans la mesure où un grand nombre d’étudiants ne retournent pas dans leur pays d’origine à la fin de leurs études et par ailleursque ces derniers sont principalement issus des pays dits émergents (la Chine est le 1er pays bénéficiaire des bourses et frais d’écolages attribués par la France) et non des pays les plus pauvres.
 

Bien qu’ayant un caractère prioritaire, la France ne consacre que 5% de son aide à l’éducation en Afrique subsaharienne à l’éducation primaire (contre 73% pour les États-Unis). Les choses pourraient toutefois très prochainement se rééquilibrer dans la mesure où le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), qui s’est réuni autour du premier ministre le 30 novembredernier, a fait figurer l’éducation en première place des secteurs clefs dans lesquels la France entend renforcer son effort en matière de solidarité internationale, en adéquation avec l’agenda international pour le développement durable.

 

L’ensemble de l’analyse de l’APD à l’éducation française réalisée par la Coalition Éducation est disponible ici.

 

Difficultés récurrentes et solutions adaptées

De nombreux acteurs de la coopération internationale et de la solidarité, comme  en région Centre-Val de Loire, initient des projets de construction ou de rénovation d’infrastructures scolaires. La mise en place de ces actions d’accès à une éducation de base, qui voie souvent naître de nombreuses difficultés, ne peut s’improviser. 

Les difficultés observées sur le terrain sont récurrentes : la qualité de l’enseignement, la disponibilité et la fidélisation des enseignements, l’entretien des locaux, la fréquentation, le temps d’appropriation des bénéfices du projet par la communauté, la justification des frais au niveau des bailleurs de fonds et aussi et surtout l’importance de réfléchir à l’autonomisation de la démarche et la pérennité du projet, et ce dès sa phase de conception.
 

Pour pallier à ces freins, il convient de réaliser un diagnostic complet en identifiant et mobilisant les acteurs, les besoins prioritaires de la communauté (analyse des motivations), en respectant les plans de développement locaux, les plans sectoriels (en matière d’éducation) et les cartes scolaires du pays. Il est aussi fondamental d’intégrer l’ensemble des parties prenantes, de ne marginaliser personne, de savoir utiliser les compétences locales (enseignants, bénévoles,…), d’impliquer les bénéficiaires à chaque étape du projet et de renforcer leurs capacités tout au long du projet.

L’Agence des Micro Projets (AMP) et le GRoupement des Éducateurs sans Frontières (GREF) distinguent 4 étapes essentielles à franchir :
 

  • 1/ La création d’un poste d’enseignant : s’assurer qu’un poste rémunéré sera créé (de même pour le directeur de l’école), de la formation et la légitimité de l’enseignant, et essayer de le fidéliser (offrir un logement de qualité, préférer un enseignant de la localité…). Aujourd’hui, pour s’assurer la pérennité d’une action, beaucoup de structures décident de soutenir uniquement des projets déjà planifiés et financés par les autorités locales car le renforcement du système scolaire ne peut se faire qu’à travers une reconnaissance de ces autorités.
     
  • 2/ La construction-rénovation et l’équipement : s’assurer que l’accès au terrain soit obtenu officiellement, respecter les normes de constructions et d’équipements agréés par l’État, anticiper les autorisations ministérielles, veiller au suivi des travaux, au stockage du matériel, à l’implication de la main d’œuvre locale, etc.
     
  • 3/ Le fonctionnement de l’école doit être confié à un comité local de gestion dont le renforcement des compétences doit faire partie intégrante du projet. À terme, l’établissement scolaire devra acquérir son autonomie financière (cotisation des parents, développement d’activités génératrices de revenus, reconnaissance officielle par l’État, utilisation des bâtiments à d’autres occasions…).
    « Comment mettre en œuvre une activité génératrice de revenus dans le cadre d’un microprojet de solidarité internationale ? » : consulter le guide réalisé par l’Agence des Micro Projets.
     
  • 4/ La fréquentation de l’école peut être garantie si le projet a réellement été souhaité par la communauté bénéficiaire et avec son implication financière, si les parents sont convaincus de l’importance d’une éducation formelle (sensibilisation au préalable, transparence tout au long de la démarche) ou encore si le lieu est suffisamment propice à l’apprentissage (accès à l’eau et à l’assainissement, cantine, terrain de jeux…).

 

Consulter la fiche de capitalisation d’expériences « Mise en œuvre d’un microprojet d’accès à l’éducation de base en zone rurale : de la théorie à la pratique », réalisée par l’AMP et le GREF.

Consulter la fiche de capitalisation d’expériences « Bibliothèque, médiathèque, ludothèque : quels prérequis à leur mise en place ? », réalisée par l’AMP et Bibliothèque sans frontières.

Aux différentes étapes de votre projet, n’oubliez pas de consulter aussi la rubrique« Conseils méthodologiques» de Centraider.

 

Faut-il envoyer des livres ?

Des millions de personnes dans le monde n’ont pas accès aux livres et à la lecture tandis que les étagères se remplissent dans les pays occidentaux. Si le don de livres part d’un bon sentiment et peut se justifier dans certaines conditions (s’il fait partie d’un projet plus large), l’envoi de manuels scolaires est lui proscrit. Il convient d’être vigilant sur plusieurs aspects :
Un livre est un objet culturel qui véhicule des valeurs, une pédagogie, une histoire, des lois ou encore des personnalités célèbres propres à une nation et donc inadaptées à une autre.

  • Le don concurrence le marché local (éditeurs, libraires) et peut ainsi être source de tensions locales.
     
  • La logistique et son coût sont lourds : stockage, conditionnement, chargement du camion et empotage du conteneur, transport, assurance, déchargement, rémunération des intermédiaires, taxes diverses et droits de douanes, acheminement final aux bénéficiaires.

     
  • Beaucoup de dons concernent des manuels obsolètes. Une étude récente de l’Unesco (en anglais) montre d’ailleurs comment les manuels d’enseignement secondaire des années 1950 à 2011 ne prennent pas en compte ou présentent une image faussée de priorités pour le développement durable.
     
  • L’envoi de livres pose la question du coût écologique (gestion des déchets, recyclage).
     
  • Il pose aussi la question de la dépendance à l’aide internationale et du renforcement des préjugés à l’égard des populations du sud.

La question du don vous intéresse ? Vous pouvez consulter le « Recueil de fiches sur l’envoi de matériel » de Centraider et la nombreuse documentation du réseau Ritimo.
 

La commission « Éducation-formation » : l’événement du mois en région

Alphabétisation, appui à la création d’activités génératrices de revenus dans les écoles, plaidoyer, construction d’infrastructures (écoles, bibliothèques, médiathèques…), coopération universitaire, création artistique, don et envoi de matériel, échanges et correspondances d’élèves, éducation des filles et des femmes, formation professionnelle, parrainage, petite enfance… Vous menez ou souhaiteriez initier des actions dans le domaine de l’éducation ? Nous vous donnons rendez-vous jeudi 26 janvier à la Mairie de Blois (14-17h, salle du conseil) lors de la commission « Éducation - formation » qui se fixe deux principaux objectifs :

  • Favoriser les échanges et la création de synergies entre tous les acteurs régionaux engagés dans ce domaine (témoignages, freins, recommandations, questionnement de la démarche, comment mobiliser la société civile, travailler en partenariat avec les institutions, les autorités et associations locales, les parents d’élèves…)
  • Définir les attentes/besoins des acteurs régionaux et ainsi des axes prioritaires de travail pour renforcer leurs capacités (formations, pistes de financement, communication, événements, approfondissement de thématiques, etc.)

 

PROGRAMME

13h30

Accueil café

 

14h00

Introduction - Jean-Michel HENRIET et Alain PAYEN, Administrateurs de Centraider référents de la commission « Éducation-formation »

 

14h20

Évolution de la démarche du GRoupement des Éducateurs sans Frontières (GREF), acteur engagé depuis 25 ans dans des programmes de développement par l’éducation

 

15h00

Présentation de la Coalition Éducation - Hélène FERRER, Coordinatrice de la Coalition Éducation

 

15h30

Échanges, débats et définition d’axes prioritaires de travail pour la Commission

 

17h00

Apéritif
 

           

 

Inscriptions sur contact@centraider.org ou au 02.54.80.23.09 (avant le 13/01).

Nous espérons sincèrement vous compter parmi nous !

 

 

[1] Source : ONU.

[2] Sources : Solidarité laïque, Aide et Action, Le Monde.

 

Mis à jour le 6 janvier 2017
Centraider, Réseau régional des acteurs de la coopération et de la solidarité internationale Pôle Chartrain - 140, Faubourg Chartrain - 41100 Vendôme - Tél. : 02.54.80.23.09
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