Centraider Coopération et solidarité internationale en région Centre

Les groupes de travail

"Comment les médias français perdent l'Afrique" - Mag'Centre

"Comment les médias français perdent l'Afrique" - Mag'Centre

Dans les médias français le traitement de l'Afrique est sinistré. Depuis la retraite de Stephen Smith, Antoine Glaser est le journaliste de référence sur le continent noir. Maintenant qu'il s'est retiré de la lettre du continent, il exploite cette somme incomparable d'informations glanées au fil de ses enquêtes en écrivant des ouvrages...

Pour la clôture en beauté  du festival « Afriques  médiatiques », à Orléans le choix pertinent de Glaser a été avantageusement complété par la fougue et le témoignage du terrain africain d’aujourd’hui d’Ilhame Taoufiqi, journaliste à TV5, la chaîne francophone.

 

Elle est l’une des dernières journalistes française « spécialisée » sur l’Afrique. Les Renaud Girard (le Figaro), Stéphen Smith (Libé, le Monde), Patrick de Saint Exypéry (Le Figaro), ont rendu leur tablier africain. En presse écrite il ne reste plus grand monde, un Jean-Philippe Remy au Monde, arrêté récemment puis relâché au Burundi avec son photographe.

Reste l’audiovisuel, et là le constat des deux journalistes est sévère. « L’Afrique n’intéresse pas les rédacteurs en chef ou alors à travers le prisme d’un Français ou de la France » explique Ilhame Taoufiqi, « on a vachement de mal à vendre un sujet sur le continent ». Antoine Glaser confirme, « on est dans une vision auto-centrée de l’Afrique. Plus aucun journaliste ne passe une semaine à enquêter sur le terrain ». Et puis lorsqu’il lui arrive d’y mettre les pieds, le journaliste qui débarque de France est déstabilisé: « il ne parvient pas à avoir de l’empathie avec les gens. Il fait chaud, il y a du bruit…C’est une autre culture ». Alors le journaliste véhicule des clichés sur l’Afrique, le côté « noir » du continent, les catastrophe, le sida, la pauvreté, la famine, les réfugiés, le « génocide » rwandais qui sert de référence.

Ca se prononce comment »Yoweri Museveni »?

Antoine Glaser raconte l’anecdote de ce journaliste parisien de radio qui l’appelle pour lui demander comment l’on prononce le nom de Yoweri Museveni, le président Ougandais au pouvoir depuis 1986 (il n’y a pas que les francophones!) et qui a joué un rôle non négligeable dans la prise de pouvoir des tutsis au Rwanda avec Paul Kagame. Reste le pire qui remonte de l’Afrique version francisée, ces journalistes embarqués (embedded) qui passent trois jours dans les valises de l’opération Serval (au Mali) ou Sangaris (en Centre-Afrique) et qui nourrissent leur papier de la seule source militaire. Mais comment faire autrement puis qu’aucune rédaction ne finance pus de reportage au long cours dans un pays africain?

Des Casques bleus en tong

« L’information vers le grand public est de plus en plus biaisée » dit Antoine Glaser, « sur le Mali c’est le pipo le plus total, l’information sur les pauvres types de l’ONU ne remonte pas, ce ne sont pas des Français, on s’en fout. Là bas, les casques bleus ça n’a rien à voir avec les clichés que l’on dispense, ce sont des pauvres soldats africains, mal équipés, presque en tong« . Outre ces clichés, les informations remontent le plus souvent des chefs de rubrique, « reporters de couloirs d’ambassade » à Paris. Antoine Glaser: « 70% des journalistes ne vont jamais derrière le miroir ».

 

 

Comment traiter autrement des 54 pays africains qu’on a tendance à englober dans un terme continent? Comme si pour l’Europe, l’actualité en Norvège était comparable à celle du Portugal! Comment chercher une information qui ne vienne pas d’un ministère  local, de l’armée française ou de l’Agence française de développement? Ilhame Taoufiqi cherche à aller au contact des populations. « Les choses changent cela remonte par internet et les réseaux sociaux » se réjouit Antoine Glaser. Mais sur le terrain, le journaliste a de moins en moins accès à certaines zones, « le nord Nigéria, le nord Mali » témoigne la journaliste de TV5 sont interdits, trop dangereux, « mais aussi certaines zones en côte d’Ivoire ». « On ne va plus pouvoir aller sur le continent, les journalistes mais aussi les hommes d’affaires les humanitaires, c’est ce que cherche nt les  djihadistes, c’est pour cela qu’ils ont tapé le Radisson à Bamako ».

Créer des médias alternatifs

Dommage que le temps ait manqué samedi pour évoquer les médias africains eux-même car Antoine Glaser affirme, « c’est un continent qui est en mouvement, ici on est à l’arrêt et les médias ne rendent pas compte de ce qui s’y passe ». Pour Ilhame Taoufiqi, « il faut sortir des structures comme celles de la TV classique, il faut créer des nouveaux médias alternatifs, des pure players, mieux former les journalistes africains ». Sur place les journalistes ont des infos et sont prêts à les transmettre. Internet est le tuyau idéal pour les faire éclore.

Quant aux nouveaux médias français créés récemment comme Le Monde Afrique et le Point Afrique (sur internet), « l’idée, le projet ne vient pas des journalistes », constate Antoine Glaser, mais d’entrepreneurs (comme Bolloré). Ils ont compris qu’il y a des marchés avec l’émergence des classes moyennes qui font saliver les Orange et Canal plus, des initiatives accompagnées par l’Agence française de développement. Autre carence du débat, le seul traitement de l’Afrique sub-saharienne et donc l’absence du grand Maghreb où l’aventure d’El Watan par exemple prouve qu’un vrai projet éditorial, bien accompagné par un modèle économique, peut fonctionner.

L’Afrique fait encore peur. Et pourtant. La soirée de vendredi animée par Hassans Kerim et Radio campus qui la retransmettait en direct avec des acteurs de la musique sur  le continent noir, a donné la parole à l’intarissable et délicieux Soro Solo. Sur France Inter (L’Afrique en Solo, l’Afrique enchantée) il fait voyager l’auditeur sur le continent, par la grâce du timbre chaud et sensuel d’une voix incroyable. Documenté, vivant, théâtrale, Il dit des pays d’Afrique qui donnent envie d’y aller. Et si un jour à propos d’Afrique les médias français arrêtaient de ne broyer que du noir…

Ch.B

Source : Mag'Centre

Mis à jour le 2 mars 2016
Centraider, Réseau régional des acteurs de la coopération et de la solidarité internationale Pôle Chartrain - 140, Faubourg Chartrain - 41100 Vendôme - Tél. : 02.54.80.23.09
Centraider est une association loi 1901 soutenue par la Région Centre et l'Etat
Conception et hébergement Logo Axn informatique © 2011
Conformité de votre site aux normes du W3C, organisme de standardisation du web
Valid HTML 4.01 Transitional