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Les migrants : un rôle fondamental dans le développement local

Source : United Nation Photo

Au cœur du processus de mondialisation et sujet à d'incessantes polémiques dans les pays d'accueil comme dans ceux d'origines, les mouvements migratoires concernent toutes les dimensions de notre société.

Véritable enjeu mondial de gouvernance, l’association entre migration et développement, deux notions complexes, s’appuie sur les postulats politiques discutables de la favorisation du retour des immigrés et de la limitation de départs de candidats à l’émigration, comme si l’on cantonnait la migration à un fardeau financier en oubliant ses nombreuses richesses.

 

Trop souvent limités à leur seule dimension financière, les apports de la communauté migrante constituent en réalité de puissants leviers de développement. Forts de leur connaissance des deux territoires, de leurs nombreux réseaux, les apports des migrants dans les projets de développement local se traduisent par des initiatives innovantes, contribuant à l’enrichissement de la société d’accueil et au développement du pays d’origine.

 

La valorisation des migrants comme citoyens et acteurs du codéveloppement constitue un point essentiel dans l’élaboration des politiques publiques d’aujourd’hui et de demain. 

 

Les migrations : une ressource durable pour des territoires solidaires

Depuis 1969, le GRdR (Groupe de Recherche et de réalisation pour le développement Rural) accompagne les personnes expatriées, leurs familles et leurs partenaires sur leurs territoires de vie et en valorisant les aspects positifs des parcours migratoires. L’association appuie en ce sens les mouvements associatifs des migrants, et agit dans tous les domaines du développement. 

 

« Un phénomène transversal qu’il convient d’aborder

d’une manière cohérente, globale et équilibrée »

 

La dernière Déclaration du Dialogue de Haut Niveau sur les Migrations internationales et le Développement en octobre 2013 souligne dans son premier point que « les migrations internationales recouvrent des réalités multiples qui sont d’importance majeure pour le développement des pays d’origine, de transit et de destination» et estime à cet égard qu’« elles sont un phénomène transversal qu’il convient d’aborder d’une manière cohérente, globale et équilibrée, qui intègre le développement en tenant dûment compte de ses aspects sociaux, économiques et environnementaux et qui respecte les droits de l’homme ».

 

Les dynamiques migratoires interagissent avec les dynamiques de développement selon différentes logiques constitutives d’une dialectique couramment intitulée « Migration-Développement » : le sujet est d’ailleurs complexe car il s’agit à la fois de réussir à intégrer les mobilités internes et internationales comme facteur de développement, de ne pas oublier de les décliner en termes de flux d’émigration et d’immigration et de parvenir à en analyser les tenants et aboutissants en termes de développement territorial. 

 

Des investissements indénombrables, au-delà du

montant des transferts financiers.

 

Depuis les années 2000, l’importante contribution apportée par les migrants au développement des pays d’origine est reconnue. Il en est ainsi des migrants Mauritaniens en France qui depuis près de 50 ans ont impulsé des dynamiques originales de développement économique et social : les investissements sont indénombrables dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et de l’assainissement, mais aussi des activités agro-sylvo-pastorales ou des infrastructures de culte religieux. Les projets de lycée à Djéol (Mauritanie), en lien avec les citoyens de Noisy-le-Sec ou de réhabilitation du centre de santé de Lexeiba, dans le cadre de la charte de l’amitié signée avec la ville de Bagneux en 2013, en sont des illustrations vivantes. Mais pour qualifier ce rôle moteur d’acteur de développement des migrants, les indicateurs sont encore souvent seulement quantifiés à l’aulne du montant des transferts financiers « supérieur à l’Aide Publique au Développement ».

 

Actuellement, le contexte onusien du «post 2015» vise, à partir du bilan des Objectifs du Millénaires pour le Développement (OMD), à élaborer et adopter, à horizon 2030, un cadre unique de développement décliné en Objectifs de Développement Durable (ODD)... universels. C’est-à-dire que l’objectif de réduction de la pauvreté et des inégalités, renforcé par la volonté de préserver les ressources, sera cette fois-ci valable pour tous les citoyens, sur tous les territoires de la planète. La dernière version du texte ( juillet 2014, provisoire) réaffirme explicitement l’engagement à mettre en œuvre la Déclaration du Dialogue de Haut Niveau sur les Migrations internationales et le Développement (art. 6, cf. ci-dessus).

 

Aborder la problématique « Migration-développement »

aussi à l’échelle de territoires décentralisés.

 

Si la problématique « Migration-Dévelop- pement » est aujourd’hui au cœur de tous les agendas, elle est encore trop souvent appréhendée à l’échelle internationale dans le respect des souverainetés nationales. Pourtant, il semble intéressant de les aborder aussi à des échelles de territoires décentralisés.

 

Pour au moins trois raisons :

1- Dans le cadre des processus de décentralisation, en France comme ailleurs dans le monde, les autorités locales sont en charge de la planification et de l’aménagement du territoire : pourtant, alors que les flux matériels, financiers, virtuels sont sans cesse plus nombreux, les pratiques sont rares qui parviennent à intégrer le « facteur mobilité » dans les stratégies de développement. Comment identifier ces mobilités de manière à la fois rétrospective et prospective ? Comment qualifier et promouvoir les « plus-values » - et dans le même temps anticiper quelles sont les « moins-values » - éventuelles des migrations ? Les enjeux sont importants en termes d’accès au logement, à l’emploi ou à la santé, mais aussi en termes de cohésion sociale... A ce titre, l’approche « locale/territoriale » de la dialectique « Migration-développement » offre une opportunité inédite de promouvoir le rôle clef des autorités locales.

 

2- Dans la continuité de ce raisonnement, il est intéressant de s’interroger sur les modalités qui permettent d’optimiser l’apport des migrants dans la gouvernance et le développement du territoire de vie (qu’il soit d’origine ou d’accueil). La Région du Gorgol a ainsi impulsé un espace de concertation Migration Développement (EMDG) qui rassemble l’ensemble des forces vives concernées par cette problématique sur le territoire régional et dont l’ambition est à la fois de favoriser la production de connaissance, d’animer les échanges sur les « plus-values et les moins-values » et d’articuler les priorités de développement avec les compétences disponibles au sein des diasporas (émigrés et immigrés). Une des premières étapes sera d’élargir au maximum l’éventail des ressources et des compétences, de les qualifier : les apports matériels, économiques, sociaux seront rapidement identifiés mais les patrimoines culturels, les capacités d’innovation, de partenariat et de plaidoyer sont des leviers de développement encore mal explorés. Les ressortissants de la Fédération des Associations du Gorgol en France (FAGOF) doivent y occuper une place importante.

3- Enfin, ces enjeux concernent aussi bien les territoires d’accueil que d’origine. La transversalité de la problématique est d’abord un atout pour décloisonner les approches, qu’elles soient sectorielles, politiques ou institutionnelles, au sein des collectivités territoriales. Cet aspect reconnu du lien « migration et développement », nécessairement intersectoriel et même trans territorial, se confronte aux habitudes des cloisonnements politiques et institutionnels [actions intérieures et actions extérieures...]. Les coopérations décentralisées peuvent établir des liens entre migration, développement des territoires d’origine et politiques d’intégration sur les territoires d’accueil.

 

Et au final, là où la problématique « Migration- Développement » a longtemps été traitée dans un axe « Nord-Sud », à destination du développement des pays d’origine, l’actualité mondiale nous rappelle tous les jours que les logiques « Nord/Sud » sont sans dessus-dessous. La dialectique « Migration-Développement » est une formidable opportunité d’analyser les interdépendances et de relever des enjeux communs (lutte contre les inégalités, économie sociale et solidaire, changement climatique, savoir vivre ensemble...) en renouvelant les pratiques de co-opération autour d’une véritable dynamique de développement partagé, de co-développement. Les partenariats de coopération décentralisée – et notamment entre la Région Centre et ses partenaires à Motpi ou dans le Gorgol – peuvent y trouver une source de jouvence pour aborder les défis d’aujourd’hui et de demain.

 

L’enjeu est de taille au moment d’élaborer le nouveau cadre des ODD: il est temps d’affirmer ce fort potentiel de « co- développement » lié à ces partenariats sur le « double-espace de la migration » autour d’intérêts communs aux deux territoires d’origine et d’accueil et pour lesquels les migrants sont à la fois des révélateurs d’enjeux partagés et des sources de solutions innovantes. 

 
Olivier LEMASSON
Emilie Blondy et Lamine CAMARA
GRDR - Migration - Citoyenneté - Développement
 
Article parus dans le bulletin de liaison de Centraider n°35 - novembre 2014.
Mis à jour le 26 décembre 2014
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